Jean François LIDA
Secrétaire Général National Adjoint
SYNDICAT LIBRE DES ENSEIGNANTS DU
SECONDAIRE GENERAL, TECHNIQUE ET ARTISTIQUE DE CÔTE D’IVOIRE
Née pour palier à l’écart différentiel entre les peuples et les Nations fragilisés par les différents conflits tant nationaux qu’internationaux, l’ONU se trouve aujourd’hui au milieu de ce que l’on pourrait qualifier de « complot international » tendant à maintenir et à accroitre cet écart. La Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948 est assortie de Traités et autres Déclarations consignés dans la Charte des Nations Unies. Celle-ci est constamment foulée aux pieds par ceux-là mêmes sensés veiller à son respect et à son application rigoureuse pour la paix, la sécurité et le développement de l’humanité.
Au regard des nombreuses crises observées dans tous les coins du monde, la question est de savoir comment l’ONU peut-elle parvenir à promouvoir l’égalité du genre humain et maintenir l’ordre international lorsque les grandes puissances, garants supposés de cet ordre déchirent, piétinent et ignorent au gré de leurs intérêts les principes fondamentaux de celui-ci ?
Notre constat
- L’ONU a perdu toute crédibilité et la confiance des pays du Tiers-monde, pour la majorité. Ils se rebiffent sur eux-mêmes et s’engagent progressivement dans une politique unilatéraliste.
- Un nouvel ordre mondial est en cours de voir le jour, au regard des accords gagnant-gagnant qui se passent entre certaines grandes puissances et les pays du Tiers-monde. Exemple la ruée de la Russie et de la Chine en Afrique Subsaharienne.
- La dénonciation des accords coloniaux traduisant la ferme volonté de certains Etats de rompre avec l’ancien ordre mondial
- Les interventions armées unilatérales en violation de l’Article 2.7 relatif au principe de non-intervention dans les affaires intérieures des Etats, en respect au droit à la souveraineté de Etats et des peuples. Les plus récentes en date :
- Irak sous le Président G. Bush des USA
- Lybie sous la conduite de l’OTAN
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie
- L’enlèvement du Président Vénézuélien par l’armée du Président D. Trump des USA
- L’absence d’une position ferme et contraignante dans certaines crises humanitaires, notamment en Ukraine, à Gaza et même en Afrique.
- La fin du principe de multilatéralisme avec le retrait et le désengagement de certains Etats, les USA notamment, des organisations à caractères humanitaires.
- Érosion de la protection des civils et leurs emplois. Ce sont des millions personnes qui se voient privées du minimum vital parce qu’ayant tout perdu ou abandonné pendant leurs déplacements du fait des conflits dans le monde.
- Le nombreux cas de violations flagrantes du droit international
Notre analyse
L’Organisation des Nations Unies (ONU) est en perte de légitimité, suite aux atteintes récurrentes perpétrées par les grandes puissantes.
Le silence inquiétant de l’ONU face à certaines crises d’une gravité extrême laisse apparaitre une gestion asymétrique du pouvoir et surtout du droit de veto. Ce droit, attribué à seulement cinq pays-membres (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) est comme une arme dressée contre les résolutions gênantes des pays dits « faibles ».
Mieux, auréolé du droit de veto une puissance intervient ou peut intervenir sans le consentement de l’État concerné, en violation cinglante du principe de la non-ingérence. Avec lui, le droit international s’applique différemment selon que l’Etat concerné est influent ou pas, rendant du coup la souveraineté relative. Tout porte à dire que le veto est un pouvoir dont usage « les cinq grands » pour protéger leurs intérêts personnels ou ceux de leurs alliés au mépris de l’intérêt général.
Il est dès lors clair que le Conseil de Sécurité ne répond plus aux attentes des peuples face au dynamisme des nouvelles réalités. D’où sa nécessaire reformation
Nos suggestions
Au regard du mépris de la charte librement adoptée, des conventions ratifiés en toute souveraineté, des conventions et autres des règles internationales, nous pensons qu’il y a lieu de procéder à une refonte ou une réorganisation de l’ONU afin qu’elle serve mieux les intérêts des peuples en lieu et place des super-puissances.
Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger s’inscrivent déjà dans cette logique, eux qui viennent retirer de certaines organisations régionales ou sous-régionales avec la ferme volonté de reconquérir leurs souverainetés pleines et entières.
Cela dit, pour restaurer la légitimité et la crédibilité de l’ONU, nous suggérerons ce qui suit :
- Réforme du Conseil de Sécurité : Débats sur l’élargissement des sièges et la restriction du droit de veto.
- Décentralisation de l’organisation : Rapprocher l’Organisation des nations, par la construction de sièges continentaux avec administration de pleins pouvoirs
- Le retrait définitif du tutorat : La décentralisation règlera ce phénomène qui est en réalité une forme sournoise de continuer la colonisation et de violer
- Le renforcement de la politique multilatéralisme : Initiatives pour mieux soutenir les régions vulnérables (Afrique, Sahel, Asie) et renforcer la responsabilité des États.
Pour terminer, disons que l’ONU, à sa création aura suscité beaucoup d’espoir quant au respect de la dignité de la personne humaine et du droit international. Mais elle baigne dans une impuissance troublante face à la dictature de certains de ses membres dont le poids politique fragilise son efficacité. Pour une humanité plus juste, crédible, attrayante et prospère, elle a impérativement besoin d’une véritable refonte tant institutionnelle et opérationnelle.
Fait à Yamoussoukro, le 26 Février 2026










